New-york 2010
Dimanche 07 novembre / NY Marathon Enfin le jour J. Après ces longues semaines d'entraînement, de joie, de malheur et de souffrance, nous voici arrivés au jour tant attendu ou tant redouté c’est selon. Durant cette nuit, nous avons passé à l'heure d'hiver sur le continent américain et comme nous devons nous lever à 4h40 du matin, nous avons la crainte d'avoir fait une mauvaise manipulation avec nos alarmes mais heureusement, ce ne fût pas le cas. Après ce réveil militaire, j’ai bizarrement bien dormi voir même très bien dormi. Le petit déjeuner fût rapide ainsi que notre préparation d’habillement car tout avait été préparé la veille au soir. J’ai enfilé 3 couches d’habits, les habits de course, une couche de training et enfin une combinaison de peintre pour emmitoufler la bête. A 6h00, départ en bus depuis notre hôtel en direction de la zone du départ du marathon, il nous faut 1 heure pour arriver sur place, nous devons effectuer un petit parcours à pied afin de rejoindre notre zone. Le ciel est bleu et le soleil fait son apparition mais il fait froid, très froid même environ 2°C. A cet instant, je prends congé de mon épouse car elle est dans un autre bloc, le bleu, moi je suis dans le bloc orange, Le temps d'attente passe finalement assez vite car entre déposer son sac qui contient les affaires que je retrouverais à l’arrivée, au camion, prendre un café, manger un petit pain chaud et passer au WC. Il y a peu de temps mort. Il y a 3 départs (des vagues, the wave), le premier à 9h40, le deuxième à 10h10 et enfin le dernier à 10h40, et pour chacun des vagues il y a des corrals, sorte de bloc pour fluidifier cette masse que représente 45'000 coureurs, à 8h40 je décide de rentrer dans mon secteur corral, il fait toujours aussi froid alors j’active mes chaufferettes que je place judicieusement dans mes gants, 9h10 mon secteur se met en marche, les gens commence à se dévêtir de plus en plus, moi je décide de garder mes couches le plus longtemps possible. Là, j’ai une pensée pour mon épouse qui doit attendre 1 heure de plus que moi dans ce froid sibérien. Arrivé à 300m de la ligne de départ, je me débarrasse successivement de mes couches d'habits, un training neuf qui fera le bonheur d’une personne dans le besoin. 9h30, l'hymne national commence, 9h35 une prière est dictée par haut-parleur et enfin à 9h40 un coup de canon annonce le départ de ce marathon 2010. Comment raconter cette course ? ma course ! je me suis entraîné depuis presque 3 mois pour faire un temps de 3h30 car depuis que je cours j'ai cet objectif, ma préparation bien que perturbée par des pépins physiques récurrents c'est quand même assez bien déroulée, donc je suis confiant sur l'idée de réaliser cet objectif des 3h30, pour augmenter mes chances de réussite, j'ai eu l'idée de ne pas régler le Partner de ma Garmin sur 5 minutes au kilomètre, (3h30 sur un marathon implique de faire du 12km à l'heure soit du 5 minutes par kilomètre), mais je choisi de la régler sur 5 minutes et 30 secondes au kilomètre, je fonctionne beaucoup au mental et je sais que si je vois mon Partner m'indiquer que je suis en retard sur mes temps de passage je risque de baisser les bras mais au contraire si je vois ce même Partner m’indiquer que j'ai de l'avance sur mes temps de passage, je suis plus volontaire à en faire encore plus. Dès que ma vague est lâchée sur l'entrée du pont je sens en moi monter une émotion incroyable et plus j'avance sur ce mythique pont plus je sens un changement de ma personne. Il souffle fort et cela accentue cette sensation de froid, je me dis à ce moment là que j'aurais du garder mon training. Une fois retour sur la terre ferme, je profite de soulager ma vessie. Quelques virages et me voilà dans une interminable ligne droite et plus on s’enfonce dans cette avenue plus les 2 cotés de la route sont remplies de spectateurs. Une de mes crainte c'était de penser qu'il y aurait tellement de coureurs et que l'on allait être serré comme des sardines ce qui m’obligerait à marcher et bien non, dès le départ les routes sont tellement larges qu'il n'y aucun conflit entre les différentes vitesses des coureurs. Tous les miles, il a 2 types de ravitaillements, du Gatorade et de l'eau, pour chacun des postes je prends 2 gorgées de boisson isotonique et 4 gorgées d'eau, les stands font bien 200m de long et il y a aucune bousculade à ces endroits. A défaut de voir les indications kilométriques c’est avec des miles que je dois composer mais ceux-ci défilent assez vite et j'ai le plaisir de voir mon Partner de ma Garmin afficher des chiffres encourageants, 1 puis 2 puis 3 minutes d'avance sur les 3h45 programmé cela me motive d’allez encore plus vite, je vois beaucoup de drapeaux suisses au bord de la course et comme j'ai un maillot avec l’inscription Swiss Olympique je reçois beaucoup d'encouragements, le parcours est assez vallonné et il est pas facile de tenir une bonne cadence régulière mais petit à petit mon temps bonus augmente c'est maintenant 8, 9 , 10 minutes d’avance, je me dit «augmente gentiment jusqu'a 15 minutes et c'est gagné pour toi», je ne manque aucun poste de ravitaillement et au 13km je grignote une demi barre de céréale, physiquement je suis bien, bien sur que j'ai mal à mon talon mais la douleur comme elle est connue, sa présence est presque rassurante pour mon subconscient. La foule est immense et bruyante ceci depuis la sortie du premier pont mais tout d'un coup sur 3 ou 4 kilomètres, on traverse un quartier où il n'y a pas de bruit, les gens sont là bien présents mais ils sont silencieux, j'arrive en fin au semi. J'ai plus de 13 minutes d'avance, je suis en 1h46 et si je continue comme ça je gagne mon pari ce qui me motive encore plus. Commence enfin l'autre marathon celui du 2ème semi et là c'est une autre affaire, pour rejoindre la 1ère avenue on doit passer sur un pont couvert et là je m'aperçois que ça grimpe sec, tellement sec que passablement de coureurs sont à l'arrêt ou qu'ils marchent et au sommet de celui-ci, je vois que j'ai perdu plus de 4 minutes sur mon avance virtuelle, 4 minutes entre le semi et le 25ème kilomètres c’est énorme. Plus on approche de la fin de ce pont couvert, plus on entend une clameur venue du fin fond de l'enfer, en fait à sa sortie il y a une sorte d’entonnoir à 180° qui débouche sur la 1ère avenue et là c'est noir de monde, il y a tellement de bruit que même le sol tremble sous cette clameur populaire et c'est la que l'on ressent une drôle de sensation, que je n’avais jamais vécue nulle part, on est littéralement porté par cette foule, je pense que c’est pas anodin que cette foule soit à cet endroit c’est là que se situe le fameux mur du 30ème, je reprend mon rythme de croisière d'avant le semi et je récupère le temps perdu dans ce fameux pont 10, 11 et bientôt 12 minutes d'avance à l'entrée d'Harlem, encore un pont qui grimpe je commence à sentir mes jambes, je prends un gel que j'avais gardé justement pour pallier à ce genre de défaillance et presque aussitôt, je suis requinqué, encore un 180° et on descend en direction de Central Park, je vois 20 milles je me dis encore 6, soit presque 10 kilomètre, on est de plus en plus abrité du vent et le soleil et de plus en plus chaud. Il y a un nombre incroyable de personnes et plus on avance plus ce nombre de spectateurs augmentent. Il y a beaucoup de coureurs qui sont placés sur le bas côté avec des crampes ou autres problèmes musculaires. je suis bien, plus j’approche de central Park plus ça ressemble au tour de France, la foule et tellement compacte qu’elle s’écarte au dernier moment pour mon passage, je perds un peu de temps 1 ou 2 minutes. Mon talon choisit à ce moment là pour me dire «hé je suis là, tu te souviens de moi?» A ce moment, j’ai une forte pensée pour mes enfants et mon épouse et j’essaye d’imager qu’ils sont à côté de moi pour me booster. Ca y est, je rentre dans Central Park et je sais que c’est un parcours très vallonné mais le problème c'est qu’à ce stade, ce vallonnement ressemble aux montagnes russe, il faut serrer les dents dernier coup d'œil à ma montre 10-11 minutes d'avance allez je fonce, 41ème kilomètre je l'avale en 4 minutes, normal ça descend mais je sprint à fond dernier virage, Central Park déborde, les gens sont fous ça hurle, j’entends toutes les 10 secondes des hopp suisse, enfin des panneaux en français qui indiquent arrivée dans 800m, puis 400m puis 200 et enfin l'arrivée, 3h39m46s. Je suis bien c’est fini et je trouve ça dommage puis tout d'un coup c'est l'émotion qui m'envahit, l’émotion est collective les gens se tombent dans les bras, je pleure pendant presque 5 minutes, les bénévoles sont là pour nous et nous traitent en héros. Une fois passé la zone d’arrivée, nous recevons notre médaille, on passe sur le podium et on se fait prendre en photo, on reçoit aussi un sac avec des victuailles ainsi qu'une couverture isothermique. Tout en se réchauffant, nous sommes conduits à différents endroits de Central Park pour récupérer notre sac personnel que l'on avait laissé le matin même au départ. Au moment, où je sors de Central Park, changé et même pas fatigué, mon épouse attaque son 18ème miles et je décide de rester pour l'attendre. J'ai de la chance de choisir une bonne place à 300 m de l'arrivée et je réussis même à filmer son passage de mon épouse devant moi. Grâce à mes calculs savants, je devine avant elle qu'elle a fait un temps meilleur que ce qu'elle avait prévu. Elle m'a avoué qu'une fois franchi la ligne, elle a eu des douleurs en respirant pendant quelques minutes. Une heure après, mon épouse me rejoint à la sortie de Central Park et on décide de renter à notre hôtel à pieds au lieu du métro afin d'éliminer les toxines accumulées lors de cette journée. Pendant notre trajet je repense à mon temps et je me rends compte que je n’avais pas réglé ma Garmin sur 3h45 mais sur 3h49, bêtement j’ai crus que 5,30 au kilomètre donnerait du 3h45 mais c’était 3,19 que j’aurais du programmer. Je suis fâché contre moi car ce n’est pas la première fois que je me trompe. Arrivés à l'hôtel, peu de temps pour flâner car à 18h30, nous avons rendez-vous dans un hôtel de Broadway pour un apéro-cocktail offert par notre Tour Opérateur. Sur place, il y a beaucoup de monde, tous le monde parlent leurs courses respectives, nous revoyons Valérie et son mari et bien qu’ils aient souffert de la course, ils sont contents de leur aventure, Olivier, un membre du Footing de Lausanne, est aussi présent. A cette occasion, nous pouvons enfin profiter de se lâcher un peu. Bière, champagne et cocktail sont les bienvenus et même un peu trop car je suis un peu saoul en sortant de cet apéro. Nous décidons d'aller manger avec Stéphanie et Daniel dans un restaurant italien proche de notre sortie (Beefsteaks, frites et vin rouge) sont au menu. Il est temps de prendre congé de nos 2 amis car demain ils ne prennent pas le même vol que nous. Sur le chemin, nous profitons de faire nos derniers achats souvenirs et arrivons à notre hôtel vers les 23h00. Etant trop fatigués, nous nous couchons immédiatement la tête pleine d’images sensationnelles ......... (les photos et autres vidéos suivront dès notre retour en Suisse, merci de votre patience)
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